Patriot, les responsabilités !
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Le Conseil fédéral pourrait éventuellement abandonner l'achat du système de défense aérienne de type Patriot. Derrière cette possibilité, revenons sur le fond du problème qui nous a menés à cette situation. L’occasion de faire le point sur les responsabilités.

Système Patriot @ Raytheon
Éclaircissement
La presse s’en donne à cœur joie sur le titre « Le Conseil fédéral pourrait abandonner l'achat du système de défense aérienne Patriot ». Pour autant, il ne s’agit que d’une option, l’achat est maintenu. Mais ce maintien n’est possible que sur une prochaine confirmation du Département d’État américain sur une date précise de livraisons, sans quoi un retour en arrière serait bien réel.
En raison du retard de livraison, le Département fédéral de la défense a déjà suspendu les paiements aux États-Unis Ces paiements détournés entendez par là le fait que les États-Unis contournaient le gel des paiements sur le Patriot, en transférant les paiements suisses destinés aux avions de combat F-35 commandés vers le compte du système de défense aérienne Patriot. Il faut préciser que le gouvernement américain est libre d’allouer les fonds versés à tout dossier FMS (vente d’État à État) suisse qu'il jugera nécessaire. Le principe est qu’au final les achats soient payés. Pour notre pays, les fonds du Patriot sont de toute manière bien mieux pour l’instant chez nous.
Comment en est-on arrivé là ?

Système Bloodhound (BL64) à Torny-le Grand
L’exemple du système Patriot est significatif d’un malaise plus profond qui touche l’ensemble de l’armée. Souvenez-vous, en octobre 1997 l’armée retirait du service le système de défense sol-air longue portée Bloodhound (BL64) en service depuis les années 1960. Normalement, il aurait été prévu de le remplacer dans les années à venir, mais rien en réalité. Deux explications furent données à l’époque : la première concerne une évaluation des menaces qui mentionnait que le centre Europe était à cette époque plutôt « sûr ». Politiquement, cela se traduisait par « Tout va bien, on ne va rien faire, on verra plus tard » ! Deuxièmement, le Conseil fédéral et le parlement préparaient la loi sur « Armée 21 », soit une armée plus petite et mieux équipée, du moins c’est ce que l’on a vendu à la population afin de faire passer la votation.
Pour autant, de 2000 à 2015, il aurait été possible d’acquérir des systèmes Patriot à bon prix sans être péjoré par les urgences du moment. Comme bien d’autres systèmes d’ailleurs. Encore aurait-il fallu une certaine volonté.
L'Armée 21 n’a jamais tenu ses promesses pour plusieurs raisons :
1. Le calme apparent de la situation en Europe devait justement permettre de se préparer au pire et donc de moderniser, sauf que nos autorités ont procrastiné.
2. Le budget prévu pour « Armée 21 » était insuffisant, une armée plus petite et qui emploie moins de ressources humaines ne peut plus faire fonctionner des systèmes qui demandent 8 à 12 soldats. Il faut les remplacer par des systèmes modernes qui ont besoin de moitié moins d’hommes. Moins d’hommes veut dire que des zones ne sont plus sous contrôle, d’où le besoin de systèmes à longues portées, totalement mobiles. Tout cela coûte cher, très cher.
3. Le budget alloué à Armée 21 était insuffisant.
4. Le budget insuffisant a été raboté au parlement, par manque de vision.
5. Du vieux matériel non remplacé, l’idée populaire qu’il n’y a pas de menace, l’arrivée du service civil et la facilité de quitter l’armée et, pour finir, les difficultés croissantes pour trouver des sous-officiers compétents ont terni l’image de l’armée, sans oublier la perte de culture militaire au sein de la population.
6. Armée 21 devait maintenir une armée bien équipée et permettre ensuite d’adapter celle-ci à l’évolution des menaces. Aujourd’hui il faut tout faire en même temps sans un budget conséquent.
On oublie trop souvent que commander du matériel est une chose, il faut un temps pour la réception (si tout va bien) et une marge pour en maîtriser la capacité d’engagement. Pour une armée de milice, ce temps de formation et d’engagement est plus long, il faut en tenir compte dans la planification.
La cigale et la fourmi
À la manière de la célèbre fable de La Fontaine, nos politiques ont fait de même ces 20 dernières années. Malheureusement, ils ont choisi la cigale plutôt que la fourmi. La gauche n’a jamais considéré le domaine de la défense comme une priorité, pire leur objectif est de la supprimer. Quant à la droite, elle s’est enfermée dans un attentisme en se montrant avare sur les budgets.
Notre responsabilité
Certains médias et réseaux sociaux pointent du doigt l’administration Trump. Certes, on peut y trouver de nombreuses critiques, mais dans notre cas et celui du Patriot et de l’état de l’armée, ce sont bien nos politiques qui sont en cause.
Et cela continue, on demande une augmentation du budget de l’armée de 1 % et nos politiques continuent de traîner la patte, il y a urgence, mais à Berne on agit au ralenti, budget, mais aussi décision sur le Patriot, seulement à l’été 2027. Un paradoxe risqué dans la situation sécuritaire actuelle.
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