Pourquoi Kiev ne veut pas de l’hélicoptère Tigre ?
L'Australie avait envisagé de transférer sa flotte de 22 hélicoptères de combat Airbus H665 « Tigre » à l'Ukraine afin de l’aider dans sa lutte contre l’armée russe. Mais, Kiev a refusé l’offre, explications.

H665 Tigre australien @ RAAF
Le cadeau empoisonné
Cambera croyait bien faire en proposant de reverser sa flotte d’hélicoptères de combat Airbus H665 « Tigre » en cours de retrait en direction de l’Ukraine. La flotte de Tigre australien n’est qu’à la moitié de sa vie opérationnelle et dispose de nombreuses heures de vol car peu exploitée, une aubaine pour satisfaire un pays en guerre.
Mais pour Kiev, le Tigre d’Airbus se serait avéré un cadeau empoisonné pour plusieurs raisons. Les militaires ukrainiens se sont attardés dans un premier temps à comprendre les raisons du retrait de l’hélicoptère en Australie. Des frais exorbitants de maintien en état de vol, la gestion des pièces détachées et des problèmes de logiciels qui engendrent des pannes à répétition ont refroidi ces derniers. Ajouter-y une formation complexe des équipages et de la maintenance. La seconde analyse a démontré une autre problématique, le Tigre s’avère inadapté dans un contexte de guerre tel que celui rencontré en Ukraine. Les Ukrainiens ont jugé les points suivants : d’un point de vue du combat, le Tigre est inadapté du point de vue doctrinal, car jugé obsolète face à l'omniprésence des drones, des munitions rôdeuses et des systèmes anti-aériens modernes. Bien maniable, le Tigre s’avère trop lent et offre une cible bien trop évidente pour l’adversaire.
Une problématique révélée
Le conflit ukraino-russe a mis en évidence certaines faiblesses de l’hélicoptère de combat. On estime par exemple que près de 356 hélicoptères de combat russes ont été perdus depuis l’invasion du 24 février 2022.
L’US Army a de son côté annulé le projet de son futur hélicoptère de reconnaissance d’attaque (FARA) le 8 février 2024, après avoir investi environ 2,4 milliards de dollars dans son développement. Le projet du Bell 360 "Invictus" est désormais oublié.
L’US Army a déterminé que la nature de la reconnaissance aérienne avait fondamentalement changé en raison de la forte prolifération de véhicules aériens sans pilote bon marché et à longue portée (drones) et des défenses aériennes avancées sur le champ de bataille moderne. En conséquence un hélicoptère de combat de reconnaissance habité ne peut plus être raisonnablement utilisé en avant-garde du combat moderne actuel. Pour cela, la priorité est mise vers des systèmes aériens sans pilote (UAV) à moindre coût, des capteurs spatiaux et des effets de lancement.
Cela sonne-t-il le glas pour l’hélicoptère ?

L'AW249 italien @ Leonardo
Ces deux exemples venant de l’Ukraine et de l’US Army sont-ils en passe de sonner la fin de l’hélicoptère de combat ? Et, bien non ! L’Australie a commandé des hélicoptères américains Boeing AH-64 E « Apache » et Leonardo en Europe développe l’AW249. Il faut comprendre que le rôle de l’hélicoptère de combat habité a changé. Si ce dernier va toujours offrir des capacités de vol stationnaire et de se cacher dans les reliefs afin d’appuyer des troupes au sol, celui-ci va fonctionner à une plus grande distance. Son efficacité va résider dans la mise en réseau globale interconnectée (net-centric) permettant de gérer des drones qui, eux, prendront les risques en avant de la zone de combat. De plus, l’hélicoptère opérera des missiles ayant une plus grande portée.
C’est exactement ce que développent les Italiens de Leonardo avec l'AW249 et les mises à jour en cours avec l’Apache de Boeing.
Le Tigre d’Airbus n’étant pas prêt pour cette évolution, même chez nos voisins français, il a été choisi de renoncer au standard Mk3 du Tigre, censé prolonger et moderniser les capacités de l’aéronef, mais de manière bien trop classique par rapport à l’évolution actuelle et future.





Commentaires