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Pourquoi l’Armée de l’air vénézuélienne n’a pas été capable de réagir ?

L’opération « Absolute Resolve » déclenchée par l’administration Trump pour capturer le président vénézuélien Maduro a été une réussite totale. Pour autant une question s’impose, pourquoi la défense aérienne du pays n'a pas été en mesure de réagir ? 

Sukhoi SU-30MK2V vénézuéline @ Wim Sonneveld


Très peu de résistance

Lorsque les États-Unis ont lancé l’opération pour atteindre le centre-ville de Caracas et arracher le chef vénézuélien Nicolás Maduro, de hauts responsables américains ont noté que la force d’action avait été accueillie avec un peu de tir sol-air, mais ils n'ont fait aucune mention de résistance aérienne. Seul un hélicoptère américain a été endommagé par un tir de missile Igla-S d’origine russe.

 

Certes, les moyens américains engagés étaient ultramodernes (avianews du 03.01.26), le travail de renseignement a été parfaitement réalisé, ainsi que le brouillage combiné aux cyberinterventions. Mais cela n’explique pas tout. Par exemple, il n’y a eu aucune réaction de l’aviation qui est restée clouée au sol. Les systèmes sol-air de moyenne et longue portée n’ont pas réagi et sont restés muets du début à la fin de l’opération.

 

Les raisons de la paralysie

Les actions parfaitement menées par les forces américaines ont profité du manque d’efficience de l'Aviación Militar Bolivariana, telle qu’elle se nomme. D’un point de vue tactique, les Vénézuéliens ont été pris par surprise et, de l’autre, la stratégie menée depuis des années par le régime a généré une attrition lente des capacités. 

F-16A datant de années 80 @ Sgt Rezende


Premier élément, la flotte de combat se trouve dans un niveau de capacité et de réaction réduit. Cette flotte est composée d'un mélange d'avions russes et chinois en passant par les États-Unis. Des F-16A/B « Fighting Falcon » acquis aux États-Unis au début des années 1980 sous l'administration Reagan, à une époque où le Venezuela était considéré comme « la Suisse de l’Amérique latine », soit un pays démocratique, sont toujours présents. Ces derniers ne reçoivent depuis longtemps plus de pièces détachées, ni de mise à jour électronique. Le F-16 survit grâce à la cannibalisation des pièces. De plus, ils ne disposent pas d'armements à longue portée et s'appuient sur le missile air-air à guidage infrarouge Rafael Python 4 de fabrication israélienne, en complément du missile AIM-9L/P-4 Sidewinder, dont seulement 150 exemplaires ont été fournis lors de la commande de l’avion.

 

Afin de compenser cette faiblesse, les administrations d'Hugo Chávez (1999-2013) puis de Nicolás Maduro (2013-2025) ont acquis des Sukhoi Su-30MK2V en Russie et des avions d'attaque légers Hongdu K-8 chinois.

L'essentiel de la force aérienne repose donc sur un solde de 21 avions de combat Su-30MK2V « Flanker », dont 24 ont été livrés entre 2006 et 2008. Ceux-ci peuvent être armés de missiles air-air à longue portée, mais ce sont des types multirôles, capables également de transporter une variété de munitions air-sol guidées avec précision, y compris des missiles antinavires supersoniques KH-31 (AS-17 Krypton). En mode air-air, l’avion dispose du missile à longue portée R-77 (AA-12) d’une portée annoncée de 80 kilomètres. Le R-77 est généralement lancé sous guidage inertiel, avec des mises à jour en vol assurées par liaison de données, avant d'utiliser son autodirecteur radar actif pour la phase terminale. Il est également possible que le R-77 passe en mode de guidage sur brouillage en cas de fortes contre-mesures électroniques, en ciblant la source du brouillage. Les Flanker peuvent également emporter les missiles air-air à longue portée de la série R-27 (AA-10 Alamo). Les versions de base sont le R-27R à guidage radar semi-actif et le R-27T à guidage infrarouge, ainsi que le R-27ER à guidage radar et le R-27ET à guidage infrarouge, tous deux à plus longue portée. Les versions à portée étendue intègrent un moteur à double impulsion plus puissant au même missile.  La portée maximale du R-27R est de 60 km et celle du R-27T de 50 km. Les versions à portée étendue peuvent atteindre des cibles jusqu'à 95 km (R-27ER) ou 90 km (R-27ET).  L'armement de missiles à courte portée du Su-30, est fourni par le R-73 (AA-11 Archer), est équipé d'un autodirecteur infrarouge tous azimuts, d'une grande capacité de tir hors axe, de commandes de poussée vectorielle et peut être guidé par le viseur de casque du pilote. Sa portée maximale est d'environ 30 km en cas d'engagement frontal et de 14 km en cas d'engagement par l'arrière. 


Selon plusieurs sources, notamment des pilotes militaires ayant fui le pays, l'essentiel de la force aérienne ne serait en mesure d’engager que 6 à 8 avions de combat de type F-16 et environ 12 Su-30MK2V, et ceci lorsque la maintenance à correctement travaillé. Mais le vrai problème concerne le niveau des pilotes. Les répressions contre les conspirateurs présumés, la désertion du personnel et la disponibilité limitée de la formation aérienne signifient qu'il y a moins de pilotes qualifiés qui peuvent piloter des avions de combat. Toujours selon d’anciens pilotes, l'armée de l'air a un problème car elle ne disposerait que de peu de pilotes et d’un âge avancé. De plus, ceux qui sont disponibles pour voler ont "de faibles niveaux de formation de pilote". Le nombre d’heures de vol ayant notamment été divisé par deux ces dernières années.

Buk-M2 @ Force aérienne vénézuélienne


Du côté de la défense aérienne, la situation n’est pas meilleure, le Venezuela disposera d'un seul bataillon équipé de deux unités sol-air S-300VM, à la base aérienne Capitán Manuel Ríos dans l'État de Guárico.  Le S-300VM peut intercepter des missiles balistiques, ainsi que des aéronefs et des missiles de croisière. Bien que ses capacités antimissiles balistiques soient relativement limitées, son appellation commerciale Antey-2500 met en avant sa capacité revendiquée à intercepter des missiles balistiques à portée intermédiaire (IRBM) d'une portée de 2 500 kilomètres (1 553 miles), avec des vitesses de rentrée atmosphérique d'environ 4,5 kilomètres par seconde (2,8 miles par seconde). 


Le pays dispose également de 12 systèmes sol-air à moyenne portée Buk-M2 (SA-17 Grizzly), plus modernes. Il s'agit d'une évolution du 9K37 (SA-11 Gadfly), développé vers la fin de l'ère soviétique. Cependant, tandis que les versions soviétiques et russes de la série Buk sont basées sur un véhicule TEL chenillé emportant quatre missiles prêts au tir, ainsi que le radar de conduite de tir, la variante fournie au Venezuela repose sur un châssis à roues 6×6. Grâce à sa grande mobilité, son autonomie opérationnelle et sa capacité avérée à atteindre des cibles volant jusqu'à 24 000 mètres d'altitude, le Buk-M2 est l'un des systèmes de défense aérienne terrestre les plus performants et polyvalents dont dispose l'armée de l'air.

Pour la courte portée, le pays dispose d’un stock important de près de 5 000 missiles à guidage infrarouge Igla-S 9K38 russes et d’un nombre non révélé de RBS-70 suédois à guidage laser.

Maduro fier de son radar chinois JYL-1


Le dernier élément concerne les radars d’alerte en service, qui n’ont pas été très efficaces. C’est également une certaine surprise car la chaîne de détection du pays est considérée comme l’une des plus modernes du moment sur le continent. Le pays a reçu des systèmes chinois JYL-1, JYL-11 et le tout dernier JYL-27, considéré comme capable de repérer un avion furtif, ainsi que le 1L119 Nebo-SVU d’origine russe multifonctionnel en bande très haute fréquence (VHF), caractérisé par son antenne AESA (Active Electronically Scanned Array) fonctionnant en ondes métriques, lui permettant de détecter des cibles furtives (stealth). Mais voilà, ces deux radars ont été paradoxalement neutralisés par les F-35C de l’USMC.


Là encore, les difficultés de formation du personnel, les défections régulières ont joué en défaveur de l’ordre de bataille de la force aérienne. La faiblesse des communications et des radars et une certaine désorganisation rapide des centres de commandement n’ont rien arrangé. On peut aussi se poser la question de la motivation de certains soldats et officiers à défendre un régime très critiqué même au sein de l’armée.

Du côté américain, on a signalé que lorsqu’ils s'approchaient des côtes vénézuéliennes, les États-Unis ont commencé à superposer différents effets fournis par SPACECOM, CYBERCOM et d'autres actions de brouillage, et les premières frappes pour créer une voie, et dès que les premiers hélicoptères ont commencé à voler dans le ciel vénézuélien, "nous avons estimé que nous avions totalement conservé l'élément surprise".

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