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La Belgique s’invite à bord Scaf !

Dernière mise à jour : 13 juil. 2023

La Belgique s’invite par la petite porte en tant qu’observateur dans le complexe programme de Système de combat aérien du futur (Scaf), développé par la France, l’Allemagne et l’Espagne. Bruxelles marque ainsi sa volonté de rapprochement en vue du développement d’un système de 6 ème génération européen. Il s’agit de ne pas rater cette importante étape après être totalement passé à côté de la 5 ème génération. Pour Bruxelles, il s’agit de la dernière chance pour disposer d’un avenir européen en matière d’avions de combat.

Changement de ton ?

Cette décision a créer une demi-surprise après les déclarations au mois de mai du patron de Dassault Aviation Eric Trappier, qui s'était dit opposé à l'élargissement du programme à d'autres pays, craignant de nouvelles difficultés de partage des tâches entre industriels et d’ajouter : « Je ne vois pas pourquoi je donnerais du travail aux Belges aujourd'hui ». En parallèle, on avait également senti que la décision de Bruxelles d’acquérir le F-35 n’était toujours pas digérée du côté de Paris. Pour autant, un semblant de détente est amorcée avec cette décision. Un officier belge de haut rang à la retraite, déclarait il y a peu « la Belgique est européenne, mais si il n’existe pas d’avion de 5 ème génération européen à ce jour, les avionneurs et politiques doivent s’en prendre à eux-mêmes, essayons de ne pas passer à côté de la 6 ème ».

Le cadre prévu

La Belgique aura un cadre particulier en tant qu’observateur "dans un premier temps puisqu'on est dans une phase relativement complexe" de conception et de production qui ne se prête pas à une participation plus directe. Il faudra également par la suite, en cas de confirmation de Bruxelles, intégrer les industriels belges au programme. Mais cela interviendra plus tard.

L’avion de 6ème génération est plus qu’un avion. C’est un ensemble de systèmes de combat interopérables, tels que des drones. On a une industrie en Belgique avec un savoir-faire qui peut être valorisé à ce niveau. Et le SCAF offre cette possibilité », a en effet déclaré la ministre de la Défense Belge Mme Dedonder. En tout cas, il laisse a priori espérer davantage d’opportunités pour Bruxelles que le programme que le second programme européen emmené par les Britannique en coopération avec l’Italie et le Japon. Et de souligner que la volonté de Bruxelles est de s’assurer un « maximum de retombées économiques, d’où cette montée précoce dans un des programmes phares » en matière d’aviation de combat du futur. D’un point de vue financier la Belgique est prête à investir 360 millions d’euros pour participer à ce programme.

Le programme Scaf

Lancé par la France et l'Allemagne en 2017, rejoint par l'Espagne en 2019, le grand projet européen baptisé SCAF (Système de combat aérien du futur) est entré dans une nouvelle phase de son développement : la phase « 1B ». Le SCAF doit entrer en service à l'horizon 2047-2050 suite à de nombreux retards.

Les ingénieurs de Dassault Aviation et d'Airbus se penchent désormais sur le design du NGF (Next Génération Fighter), l'avion de chasse au coeur du programme. Le projet Scaf a en effet pour but de produire des chasseurs de nouvelle génération, associés à des drones d'appui, le tout étant connecté grâce à un « cloud de combat ». Une technologie qui doit permettre à l'ensemble de communiquer avec le sol, les avions existants, les satellites, mais aussi les plates-formes navales. Fin 2025, l'architecture finale du système sera dévoilée. La phase 2 du programme pourra alors prendre effet. Entre 2026 et 2028, il s'agira de construire les premiers démonstrateurs de vol, en espérant arrêter le développement du programme à partir des années 2030.

Rappelons que la loi de finances de 2020 prévoyait 1,4 milliard d'euros d'autorisations d'engagement, visant à couvrir le lancement des premières activités de développement du programme de démonstration. L'investissement prévu dans le SCAF, à parité entre Paris et Berlin 7, est pour le moment d'environ 4 milliards d'euros d'ici à 2025-2026 (démonstrateur), et de 8 milliards d'euros d'ici à 2030, après quoi viendront les dépenses d'industrialisation. Le coût total du programme est évalué par certains analystes à une fourchette comprise entre 50 et 80 milliards d'euros.

La dernière chance

Aux Etats-Unis, le programme NGAD d’avion de 6 ème génération est déjà bien engagé avec un vol inaugural d’un démonstrateur l’hiver dernier déjà. En Chine, un projet est également lancé et l’on sait à quelle vitesse le pays travaille. Les deux projets européens CGAP/Tempest et Scaf représente la dernière chance pour le continent de pouvoir maintenir une industrie de pointe en matière de systèmes aériens de combat. Dans le cas contraire, il faudra se tourner une nouvelle fois en direction de l’Allier américain, mais de manière définitive.

Dans le cadre du programme Scaf, les fondamentaux de la réussite ont été clairement posés par Airbus et Dassault Aviation. L’exportabilité de même que les « remote carriers », doivent impérativement être attractifs pour attirer les clients, un concept qui permet de baisser les coûts de production et de diffuser les standards européens doit être intégré. A cela il faut ajouter le renforcement de l'autonomie stratégique qui renvoie en grande partie à la problématique de la « désITARisation », c'est-à-dire à la moindre exposition à la règlementation ITAR (International Traffic in Arms Regulations), qui permet aux États-Unis de s'opposer à l'exportation de matériels comportant des composants américains. La réglementation ITAR pèse ainsi comme une épée de Damoclès sur de nombreux projets d'exportation européen. Mais il faut également simplifier le dialogue européen qui retarde souvent les grands projets européens ne permettant pas de tracer une feuille de route suffisamment commune. La dernière étape concerne les susceptibilités, seuls les meilleurs industriels doivent être sélectionnés sous peine de carences et de nouveaux retards. Il est déjà évident qu’il faudra accepter des restructurations et autres fusions au sein de cette industrie. Il y aura des perdants et des gagnants, c’est également l’enjeu de cette bataille qui agite les capitales.

Photo : image de synthèse du possible NGF@ Airbus/Dassault

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