Transport aérien, la menace interne !
Le transport aérien est confronté à une multitude de défis sécuritaires depuis sa mise en activité, fiabilité des moteurs et des systèmes, procédures de vols, systèmes de secours, perfectionnement au pilotage et menaces extérieurs détournement, attentats et drones.

B737 Flydubai @ Boeing
La menace interne
L’analyse des accidents a permis d’améliorer la sécurité, tant de la conception des aéronefs que de la formation des équipages. Afin de hisser l’aviation au plus haut niveau de sécurité des transports au monde, il n’en reste pas moins que de nouvelles formes de menaces sont maintenant bien présentes.
On identifie les menaces comme étant la cybercriminalité, les menaces internes, le terrorisme, l'activisme, les troubles mentaux et les maladies infectieuses et biologiques (IATA 2019). L'une des préoccupations les plus urgentes concerne la menace que représentent les employés malveillants, et elle devrait dominer le paysage aéronautique d’ici les dix prochaines années.
Après les attentats du 11 septembre 2001, les portes des cockpits ont été verrouillées de l’intérieur et le personnel de bord respecte une procédure spécifique lors de l’ouverture de celle-ci afin de rendre extrêmement difficile l'accès aux commandes pour une personne mal intentionnée. Cette réponse répondait à une agression extérieure et non liée au personnel de cabine.

Restes de l'A320 Germanwings @ Reuters
Souvenez-vous du vol 9525 de Germanwings en 2015. Le copilote Andreas Lubitz a attendu que le commandant de bord quitte le cockpit, a verrouillé la porte renforcée derrière lui et a délibérément précipité l'Airbus A320 dans les Alpes françaises, tuant les 150 personnes à bord. Nous avons là une forme différente de menaces avec la volonté suicidaire d’un membre d’équipage, il existe malheureusement d’autres exemples. Dont certains n’ont pas abouti et c’est tant mieux.
Le facteur humain est commun pas moins de huit menaces identifiées, par conséquent, le risque qu'un employé malveillant devienne l'élément déclencheur de chacune d'elles est important.
Une menace interne est définie comme une menace perçue émanant d'une personne de confiance travaillant pour ou avec une organisation et ayant accès à des informations, des systèmes ou des actifs. Dans le secteur de l'aviation, la menace interne peut être perçue comme un individu ou un groupe d'individus ayant accès à des informations et/ou des connaissances internes relatives aux systèmes, aux infrastructures, aux aéronefs et à l'aviation. Les procédures opérationnelles peuvent leur permettre d'exploiter des vulnérabilités, qu'elles soient connues ou non. Ces personnes de confiance, bien informées, peuvent être n'importe qui : des employés actuels et anciens du secteur aérien (pilotes, personnel de cabine, mécaniciens, contrôleurs aériens, ingénieurs) possédant des connaissances essentielles sur les opérations aériennes au sol et en vol ; des employés de services sous-traités ou secondaires (opérateurs de ravitaillement en vol, bagagistes, agents de piste, personnel de transport au sol) ; et même des personnes travaillant en marge du secteur, comme les jardiniers en bordure de piste ou les ouvriers d'entreprises de construction d'infrastructures aéroportuaires. Chacune de ces personnes peut représenter une menace interne, intentionnelle ou non. (Conférence sur la sécurité IATA 2017)
Le vol 1073 Flydubai pour Tel Aviv
La question de la fiabilité du personnel résonne particulièrement après la tentative d’attentat perpétrée lors du vol 1073 de Flydubai.
Le copilote a agressé le commandant de bord et tenté de précipiter le Boeing B737 au sol. L'avion a chuté de plusieurs centaines de mètres avant que le commandant ne parvienne à déverrouiller la porte du cockpit. Des passagers et des membres d'équipage sont intervenus, et des pilotes hors service présents à bord ont finalement contribué à l'atterrissage en toute sécurité de l'appareil en Arabie saoudite. Dans le cadre de l’enquête qui n’est pas encore terminée, il apparaît dans les premiers éléments transmis par le procureur général des Émirats arabes unis, ce samedi 3 octobre, que le copilote omanais du vol Dubai-Tel Aviv avait “tenté de commettre un acte terroriste”. La compagnie aérienne Oman Air l’avait interdit de vol il y a quelques années après avoir découvert sa radicalisation.
Cette information met en lumière la problématique des antécédents du copilotes et de la manière dont son dossier a été traité initialement lors de sa candidature auprès de Flydubai. Nous avons ici un problème récurrent du traitement des Ressources humaines, et qui n’est pas uniquement lié à l’aéronautique, mais également à d’autres secteurs. Ici clairement, une procédure correctement gérée aurait dû écarter la candidature du prétendant.
Mais il existe un autre risque, celui de la radicalisation du personnel déjà en service et du stigmate provoqué par la politisation envers une religion ou une ethnie, par exemple. Aux États-Unis, des membres du personnel navigant n’hésitent pas à porter un drapeau palestinien ou pro-régime iranien, provoquant notamment des scènes d’insultes avec des passagers et même parfois entre le personnel lui-même. Une bagarre ayant même éclaté avec des passagers au sol.
Dans une compagnie européenne, pilote et copilote se sont écharpés durant le vol à propos de la prochaine d’une élection présidentielle. Aborder les divergences politiques dans un cockpit en vol n’étant pas très intelligent.
De nouvelles mesures à prendre
Le risque qu'un membre du personnel d’une compagnie aérienne commette ou facilite un acte de terrorisme, soit une menace interne (insider threat), est devenu une préoccupation majeure pour les autorités de sûreté de l'aviation civile mondiale.
Afin de limiter ces risques, les compagnies aériennes et les gouvernements appliquent plusieurs niveaux de contrôle :
Enquêtes de sécurité
Avant l'embauche et pour l'obtention des badges d'accès, l'État effectue des enquêtes administratives approfondies, incluant le casier judiciaire et le criblage par les services de renseignement.
Évaluations psychologiques
Les pilotes passent des tests d'aptitude et des évaluations psychologiques rigoureuses pour détecter des signes d'instabilité ou de détresse psychologique.
Suivi et signalement comportemental
Les équipages suivent des formations régulières en gestion des ressources de l'équipage (CRM). Les examinateurs et collègues apprennent à déceler des changements de comportement suspects ou des signes de radicalisation.
Contrôles aléatoires
Même avec un badge d'accès, le personnel navigant est soumis à des inspections-filtrages physiques aléatoires aux points de contrôle des aéroports.
Pour autant dans le cadre de Flydubai ces éléments n’ont pas été respectés à la lettre.
Il nous faut également prendre en compte le fait que le risque zéro n’existe pas et que l’un des gros travaux au sein du secteur et de mettre au point des actions d’urgences pour éloigner une personne mal intentionnée des commandes de vol. Le secteur de l’aérien se trouve devant un défi majeur.





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